Exposition – Cabinet d’amateur privé : Quintessence. Antoine Mortier et Zhu Tianmeng.
Né à Shanghai en 1962, Zhu Tianmeng fig. 1 s’établit en Belgique en 1989. Le long voyage qui, à l’époque, le mène en … train de Pékin à Bruxelles confirme son goût du voyage et sa curiosité des expressions artistiques occidentales. Depuis, sans cesser de voyager aux quatre coins du monde, grand lecteur de littérature et de philosophies occidentales, il s’emploie, dans sa peinture, à fusionner étroitement les deux cultures. Exposant à l’Est comme à l’Ouest, à Bruxelles comme à Pékin, il doit à la Chine la conception d’un souffle vital qui se confond avec son énergie créatrice et conditionne la bonne venue de l’œuvre en la mettant à l’abri du formalisme.
C’est essentiel. Ce souffle – le pneuma des Anciens- empêche les formes plastiques de se figer et de se vider de leur signification à force de recherches et de variations, leur garantissant une sorte de charge sensible, immédiate, quel que soit le degré d’abstraction.
L’artiste, qui fabrique lui-même ses pinceaux, travaille la densité et la puissance des noirs dans de grands espaces fractionnés par des traits, des signes, des éclats de lumière. Les connexions sont inédites, le vide n’est jamais vide. Chaque encre est à la fois tangible et spirituelle.
D’autres artistes bien avant lui, dans les années cinquante et de ce côté comme de l’autre, avaient découvert la richesse d’un tel rapprochement Est/Ouest et fécondé toute une lignée d’œuvres « métisses ». Mais Zhu Tianmeng est d’une autre génération. Ses recherches sont plus pointues. Si elles veillent à préserver son bagage de peintre chinois riche de toute une tradition (encre, calligraphie, trait, gestuelle, lien au cosmos), elles veillent aussi à effacer toute référence orientalisante pour arriver à la quintessence de ce croisement. En témoignent ces encres puissantes sur papier de riz marouflé.
Aux antipodes de cet héritage, Antoine Mortier (1908-1999) fig. 2 a laissé de nombreuses encres sur papier. Conscient de leurs différences, Zhu voit pourtant un maître en Mortier. C’est que le peintre belge témoigne également d’un engagement total. Son flux créatif est impressionnant et sa manière de travailler son souffle en ancien choriste rapproche les deux hommes. Sa quête pour transposer une idée première apparaît à longueur d’œuvre. Les deux peintres ont aussi en commun la faculté de donner corps à des vocables plastiques sans lien apparent avec le visible et le reconnaissable. Certes, en amont chez Mortier, il y a toujours la figure et l’objet et chez Tianmeng, le corps, le paysage, le mot qui en Chine est image…
Mais c’est ce qui advient en aval, la quintessence de leurs « idées » plastiques, qui est exposé aujourd’hui, encres de l’un et l’autre évidemment distantes d’une cinquantaine d’années mais choisies chaque fois dans une période de maturité équivalente, les années 60 et 70 pour Mortier qui, à cette époque, est dans la soixantaine et les années 2020 à 2023 pour Zhu Tianmeng, soixantenaire aujourd’hui.