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biographie

Antoine Mortier

Biographie

↑ Bruxelles, 1953 / © Daniel Vandebogaert

Antoine Mortier (1908-1999)
Peintre, dessinateur et sculpteur belge actif dans l’après-guerre, lié à l’abstraction lyrique européenne.

Les racines (1908-1940)

Né à Saint-Gilles-lez-Bruxelles le 2 octobre 1908, sa petite enfance est partagée entre les échos de la Première Guerre mondiale de 1914-1918, l’atelier de tailleur de son père et l’atelier coloré de sa mère, fleuriste de mode. Tous deux lui donnent, par leur métier d’artisan, les bases essentielles de la créativité : l’un, l’organisation de la surface ; l’autre, la richesse de la rareté des tons naturels; ensemble, les exigences techniques de la matière fig. 1 fig. 2.

À l’âge de 15 ans, il est apprenti dans un atelier de sculpture ornementale à Woluwe-Saint-Lambert, où il travaille jusqu’en 1927. Il suit parallèlement une formation de fourreur dans la maison de fourrure Baudewijn, rue de la Victoire à Saint-Gilles. Cet apprentissage garantit son métier alimentaire.

Il fréquente les cours du soir de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles en élève libre (sections modelage, ornement, perspective, esthétique et dessin d’après l’antique) fig. 3 et consulte les planches anatomiques à la bibliothèque pour étudier l’architecture corporelle.

En octobre 1928, il est appelé au 10ème régiment de ligne à Arlon pour y faire son service militaire en qualité d’observateur. Pendant dix mois, les dessins se succèdent ; ses mains croquent l’espace, fixent les distances, précisent le détail stratégique fig. 4.

À son retour à la vie civile, il reprend le métier de fourreur et, le soir, renoue avec la sculpture en fréquentant l’Académie de Saint-Josse-ten-Noode de 1934 à 1936 fig. 5. Élève de Gustave Fontaine, il obtient le premier prix en antique et un deuxième prix en modèle vivant fig. 6. Henri Ottevaere, directeur de l’Académie de Saint-Josse, l’encourage dans ses premières tentatives picturales axées principalement sur le paysage et la nature morte. On retient alors sa mise en page, la construction du paysage, de l’espace, la recherche chromatique.

L’année 1937 est importante sur le plan privé. En travaillant comme saisonnier apprenti fourreur dans la maison de fourrures Natan, avenue Louise à Bruxelles, il y rencontre Emilienne Lempereur, première couturière dans l’atelier de haute couture. C’est le coup de foudre et le couple se marie le 24 juillet 1937. Deux filles naitront de leur union. Éternel soutien dans son parcours d’artiste, Emilienne revêt toutes les qualités d’une femme actuelle : indépendante, travailleuse, entrepreneuse fig. 7.

Mobilisé lors de la rencontre Chamberlain-Hitler en 1938, Mortier retourne en campagne. Une opération chirurgicale indispensable lui offre la chance de rentrer en 1940. Il suit, le soir, des cours de chant et de musique à l’Académie de musique de Saint-Josse-ten-Noode et fréquente aussi l’atelier libre de Woluwe-Saint-Lambert animé par Edgard Tytgat .

Rencontres essentielles (1940-1950)

Au cours des cinq premières années de 1940, les jeux sont faits ! L’œuvre se devine et se fixe pour le présent et l’avenir. De figurative, l’obsession du sujet devient défigurante. Le signe dicte la densité de l’impact, la couleur, la profondeur de l’écho.

Ayant travaillé sa voix, dès sa guérison, il postule en 1940 comme choriste au Théâtre royal de la Monnaie fig. 8 fig. 9 fig. 10fig. 11. Au travers du répertoire des opéras tels que Faust, Carmen, Le Vaisseau fantôme, Thaïs ou Aida, il vit les drames de la vie, de la religion et de la gloire, tandis que les coulisses lui offrent les thèmes de ses premières œuvres. L’atmosphère générale lui inculque une écriture dramatique. Il n’hésite plus quant à sa vocation artistique. [Cfr. Décryptage : Antoine Mortier et l’art lyrique].

Corneil de Thoran, directeur du Théâtre royal de la Monnaie, l’encourage, l’épaule, l’apprécie. L’« Homme » fréquente la Galerie Apollo de Bruxelles, avec laquelle il met l’artiste en contact. Robert Delevoy, directeur de la galerie, joue un rôle important dans le milieu artistique de l’époque ; il invite Mortier à participer, en 1944, au Salon Apport de la Galerie Apollo et, dans la foulée, l’invite en janvier 1946 à y organiser sa première exposition personnelle  fig. 12 fig. 13 fig. 14 fig. 15. L’artiste y vendra un paysage à un soldat américain en permission !

Dans la panoramique de son livre La Jeune Peinture belge, publié aux éditions Formes Bruxelles-Paris en 1946, Delevoy écrit :

« Antoine Mortier nous révèle une nature plus équilibrée, plus saine, un vrai tempérament de peintre. Son œuvre tranche par la franchise de son chromatisme, la belle sonorité de sa matière, la sobriété des sujets. Farouchement indépendant, ce jeune artiste élabore dans la solitude d’un grenier bruxellois, lentement, mais aussi avec foi, courage et obstination, une œuvre singulièrement profonde. Nul plus que lui n’a peut-être, au sein de la jeune école belge, le sens des valeurs tactiles. »

Antoine Mortier devient membre de la Jeune Peinture belge en mars 1946 et participe à l’exposition du groupe à Paris et à Amsterdam ; mais l’artiste se cherche, analyse, refuse toute compromission et, d’emblée, l’assimilation à un groupe.

En novembre 1946, il démissionne, trouvant ses membres trop inféodés aux peintres de l’Ecole de Paris. De l’expérience, il sort amer, rageur, révolté.

Corneil de Thoran le présente aux personnalités officielles de l’époque : Robert Giron, directeur du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ; Paul Fierens, conservateur des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique ; les amateurs d’art Oscar Schellekens, Karel Geirlandt et Gustave Van Geluwe, tailleur réputé de la rue Royale de Bruxelles.

Mortier rencontre régulièrement le tailleur, soit en ses salons, soit dans sa villa à Boitsfort où l’artiste découvre les œuvres des principaux expressionnistes flamands — Permeke, Wouters, Brusselmans — et les sculptures des artistes autrichien et russe, Wotruba et Zadkine.

Fin 1947, Antoine Mortier quitte la Monnaie. Toujours encouragé par son directeur de Thoran, il s’engage définitivement en peinture fig. 16.

Robert Giron convie Mortier à organiser sa première exposition personnelle au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles au mois de mai 1949. Son expressionnisme gestuel dérange le public, tandis que l’œuvre interpelle la critique.

Épreuves et affirmations (1950-1960)

Figure couchée bleue (1949) fig. 17 est le tableau à partir duquel on le rattache à l’Action Painting.

À cette époque, l’Action Painting et l’expressionnisme abstrait sont encore inconnus en Belgique et entraînent l’incompréhension de la critique. Cette incompréhension accentuera encore sa révolte intérieure. S’il a été comparé à Franz Kline ou Pierre Soulages, il s’en distingue néanmoins car, chez lui, le geste n’est pas tout, mais l’incarnation d’un sujet de départ qui est analysé, réinventé, synthétisé jusqu’à la rigueur. Chez Mortier, le rythme émotionnel se dynamise en maturité véhémente et le signe s’exprime avec une sourde puissance. L’artiste se déchaîne dans d’énormes lavis et se définit dans les huiles sur toile.

Une fois encore, les contraintes matérielles se font pressantes et l’artiste se voit à nouveau apprenti fourreur ou sur les planches ; cette fois, ce sont celles du théâtre de l’Alhambra qui le monopolisent pendant deux ans (1950 et 1951). Le répertoire de l’opéra bouffe le distrait quelque peu des soucis quotidiens et entraîne plus tard une écriture picturale plus légère.

L’artiste s’exprime dans de grands formats de papier, moins onéreux que la toile et l’huile fig. 18 fig. 19. Robert Giron expose les lavis et les toiles de ce précurseur, respectivement en 1952 et 1955. L’Albright-Knox Art Gallery de Buffalo (New York) acquiert Variation 1951 fig. 20 lors du prix Carnegie (1952). Le Guggenheim Museum de New York lui emboîte le pas en 1953 en achetant Variation (Torse bleu) de 1948 fig. 21, qui lui a été prêtée par Van Geluwe. Deux musées étrangers rendent hommage à ses recherches. Mortier persiste et poursuit sa voie, soutenu par ses amateurs et mécènes.

Boursier de l’État belge, il voyage en France de septembre à novembre 1953. Le 10 novembre, à Paris, il rencontre le grand marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler, directeur de la Galerie Louise Leiris, qui lui propose sa collaboration s’il vient s’installer dans la capitale française. Antoine Mortier ne peut répondre positivement à l’invitation pour raisons matérielles et familiales.

La même année, la Baronne Lambert lui propose alors d’occuper un grand espace dans son hôtel particulier de l’avenue Marnix à Bruxelles. Dans les salons, Mortier découvre les œuvres de Renoir, Soutine, Rouault, Ensor et bien d’autres. La baronne fait visiter l’atelier à ses invités. C’est une période faste et Mortier y peint ses œuvres sans contrainte fig. 22 fig. 23 fig. 24 fig. 25.

Pour confirmer sa voie, remettre en question ses options ou juger son bagage technique, l’artiste sollicite une bourse d’étude qui le mène en Espagne. Au musée du Prado, il prélève l’enseignement des Anciens tels Van Eyck, Memling, Uccello, Bosch, Goya ou Le Greco.

En 1956, Paul Fierens fait part à Mortier de son intention de lui consacrer la rédaction d’une monographie. Pour la rédiger, les deux hommes entrent en étroite relation et le dialogue se révèle profond. Fierens accède exceptionnellement au grenier où s’est réfugié l’artiste et, par l’étroite échelle, pénètre dans l’antre du combat.

Il s’assimile tellement bien à Mortier qu’il épouse parfaitement les objectifs de l’artiste. La communication est totale. Ce que l’un peint, l’autre l’écrit.

« Mortier n’est pas un anarchiste. Il ne l’est du moins que dans la mesure où son tempérament rejette certaines des acquisitions — ou des routines — de l’art d’hier et surtout de l’art d’aujourd’hui. Il respecte aussi bien ses aînés, les expressionnistes, et reconnaît sa dette à leur égard. Mais il est lui-même, depuis quelques années, avec une ardeur, une fougue, un emportement qui, maîtrisés, assurent la puissance, l’intensité de l’œuvre où son être entier projette ce qu’il a de plus essentiel, de plus irréductible et de plus instinctif. »
– Paul Fierens, Antoine Mortier, 1956.

Rigueur bleue (1954) fig. 26 est la couverture de la monographie Antoine Mortier rédigée par Paul Fierens, publiée en 1956.

Fin 1956, l’incendie de l’hôtel particulier de la baronne Lambert met fin au havre de paix qui suscita plusieurs points forts de l’œuvre de l’artiste. Appelé à l’avenue Marnix une nuit d’hiver glaciale, Mortier participe à l’évacuation des nombreux chefs-d’œuvre et de son atelier.

C’est une nouvelle période particulièrement noire. En 1957, il est ouvrier chez l’encadreur Gabriel Van Thienen, rue de l’Enclume à Saint-Josse-ten-Noode. Rongé par la nécessité matérielle, ne possédant plus d’atelier, les œuvres en gestation ne peuvent naître.

La Galerie Taptoe à Bruxelles l’invite à présenter une exposition personnelle en mars 1957, en parallèle de celle de la Galerie Le Verseau. Son indépendance, sa liberté, son exigence intransigeante l’opposent et l’isolent définitivement des courants de l’École de Paris, grandement appréciés par les collectionneurs du sud-est du pays.

N’ayant pas d’œuvres récentes, il est exclu des expositions officielles et du pavillon belge à l’Exposition universelle de 1958, tandis qu’il est invité par l’audacieuse Galerie Colette Allendy de Paris à présenter ses grands lavis à la critique française fig. 27 fig. 28 fig. 29 !

Devant le désappointement de l’artiste, Van Thienen l’encourage à reprendre la peinture.

Les rapports de ses trois bourses d’étude en France (1953), en Espagne (1956) et en Italie (1959), les relevés dans les carnets de voyage et les observations plastiques, renseignent sur les thématiques religieuses qui sont présentes tout au long de son œuvre : les Pietàs, les Variations du Christ, les Mises au tombeau,… fig. 30 fig. 31fig. 32 fig. 33 fig. 34. L’enseignement technique et la mise en page des Anciens constituent des leçons d’histoire de l’art qui demeurent un exemple de communication plastique. [Cfr. Décryptage : Sacré Mortier].

En 1959, Mortier rencontre le banquier Maurice Naessens, qui lui achète une vingtaine de tableaux pour la Banque Paribas.

Une œuvre féconde et intemporelle (1960-1980)

Le peintre loue un atelier à la rue du Marteau et des jours meilleurs s’annoncent par de nombreuses participations aux expositions internationales : Biennale de Venise en 1960, Tokyo et São Paulo en 196. Pour cette dernière, un détail de son œuvre Grand(s) fond(s) fig. 35 fait la couverture du catalogue de la section belge.

C’est la délivrance, la fureur de survivre, de vivre qui explose dans les tableaux des années soixante. Mortier achète sa première voiture, une Fiat 600, avec laquelle il apprend à conduire pour amener la famille en résidence sur l’Isola Comacina du lac de Côme, en Italie. [Cfr. Décryptages : Antoine Mortier en résidence sur l’isola Comacina]. En 1967, il dessine les plans et surveille la construction d’une maison-atelier en Brabant wallon.

Tant de fougue contenue, de tension émotionnelle, d’amertume, de remise en question vont amener à l’explosion d’œuvres comme Le Cri, Inquiétude, Accord , Les Sommets, Le message fig. 36fig. 37fig. 38.

Ses œuvres voyagent à l’étranger : La Haye et Stuttgart (1963), Rio de Janeiro (1965), Madrid (1966), Montréal (1967) et Téhéran (1968-1969).

Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles lui consacre sa première rétrospective. Cette manifestation lui offre un premier bilan, et l’occasion d’une nouvelle remise en question ainsi qu’une mise au point de son travail. Mortier est l’homme de l’autocritique, de la passion, de l’emportement, de la rigueur, de l’exigence, de la persévérance ; tant dans sa vie que dans son travail, rien n’est accidentel !

L’abord de l’œuvre n’est pas toujours aisé pour l’amateur ; elle s’apprivoise doucement, choque, fidélise en témoignant de sa liberté, de son indépendance et des liens qui l’ont permis d’exister avec force et sincérité.

Début 1970, Mortier prend possession de son nouvel atelier de 65 m², éclairé par deux grandes fenêtres nord. Il faut s’adapter, l’investir, le maîtriser [Cfr. Décryptage : Les ateliers d’Antoine Mortier]. Les nombreuses « gammes », œuvres à l’encre, naissent de la palette et de l’huile  et sont ensuite rangées, conservées et cachées dans des fardes fig. 39 fig. 40 fig. 41. Quelques portraits insolites viennent s’ajouter au répertoire, tels qu’Arthur , Léontine, Kwiebus ou Laura fig. 42 fig. 43.

Libertés inconditionnelles (1980-1995)

Les peintures des années quatre-vingt sont réduites à la plus simple expression du trait et se concentrent sur la richesse des couleurs dont l’artiste possède les secrets.

À septante-six ans, il accepte, séduit par un rocher de béton brut, l’étude pour la station de métro « Yser » de Bruxelles. Mortier rend hommage aux valeureux soldats de la guerre de 1914-1918 qu’il porte en lui depuis l’enfance. Elle est inaugurée le jour de ses quatre-vingts ans.

En 1986, Antoine Mortier bénéficie d’une double rétrospective ; les toiles fig. 44fig. 45fig. 46 et documents sont exposés dans l’entièreté du bâtiment Altenloh des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, place Royale, tandis que les oeuvres sur papiers occupent les cimaises des salles du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. C’est un retour aux sources !

Sous la direction de Karel Geirlandt, directeur des expositions du Palais des Beaux-Arts, une seconde monographie est éditée par les Editions Lannoo. Le principal auteur décortique et compare les apports historiques de l’œuvre avec ceux de ses contemporains. La pendule est mise à l’heure !

En mai 1989, l’ami fidèle de plus de cinquante ans, Karel Geirlandt, décède. Jan Hoet, directeur du Stedelijk Museum voor Actuele Kunst (SMAK) de Gand, organise une exposition des œuvres de Mortier en hommage à son fidèle défenseur et ami.

Le 26 octobre 1992, son soutien ineffable, Emilienne, décède. Antoine se perd dans le chagrin. Délaissant son atelier, il prolonge ses séjours dans le petit appartement de Boitsfort, où il survit entouré de sa famille et de ses amis.

Fin décembre, l’artiste est victime d’un accident de la route lors d’un mariage dont il est témoin. Début 1993, un examen radiologique, atteste d’une double fracture de la colonne vertébrale. Une longue intervention chirurgicale sauve sa mobilité, mais des signes de confusion résultent de l’intervention.

Antoine Mortier l’exprime en peinture dans une série de toiles résilientes d’une facture simplifiée et économe.

Le Musée Dhondt-Dhaenens lui offre une dernière exposition personnelle en 1994 fig. 47 fig. 48 fig. 49 fig. 50 fig. 51 .

« Et il arrive que l’homme épuisé d’intelligence, de raison, se trouve au point zéro, seul avec son instinct au plus profond de lui-même. C’est l’instant ineffable où l’âme tressaille, vibre dans une communion ardente avec les forces de l’élémentaire. »
— Antoine Mortier, Etat d’âmes, Ed. Tandem, Collection Alentours, 1985.

En 1996, la Galerie Cyan de Liège lui consacre une exposition personnelle, la première d’un aperçu rétrospectif qui le présente au public liégeois résolument tourné vers Paris. Cet événement est une des dernières sorties publiques pour le peintre, dessinateur et sculpteur belge fig. 52.
Rien n’arrête l’artiste, fidèle à lui-même, ni l’âge, ni la sagesse.

Antoine Mortier a certifié son œuvre dans l’histoire de l’art belge. Âgé de 91 ans, il s’éteint à Bruxelles le 26 janvier 1999.