Menu Fermer

Épreuves d’artistes

Danièle Gillemon |  Septembre 2023

Exposition – Cabinet d’amateur privé : Épreuves d’artistes – Jean Dominique Burton

1990-2023
Jean-Dominique Burton
Gaston Bertrand, France Borel, Jacques Calonne, Thérèse Chotteau, Jo Delahaut,  Camille De Taeye, Jephan de Villiers, André Lambotte,Jacques Moeschal, Antoine Mortier, Lionel Vinche, André Willequet

Aux cimaises de cette exposition d’un jour, on verra douze portraits photographiques d’artistes belges réalisés par Jean-Dominique Burton dans les années 80. Chaque plasticien, à une ou deux exceptions près, y figure avec ses œuvres en regard et parfois, sous le regard de ces œuvres.

Thérèse Chotteau, par exemple, petite et souriante auprès de sa grande sculpture, nous apparaît un peu comme une mère que sa fille interroge à moins que cela ne soit le contraire. Une œuvre d’art, comme un enfant, n’échappe-t-elle pas toujours à l’auteure de ses jours ?! Avec l’autre sculpture de Thérèse, hors image, tout est dit d’un langage plus abstrait et construit, qui explore le corps, sa projection dans l’espace, son rapport au mental… fig. 1

Toisant la caméra, les sourcils levés, Gaston Bertrand, semble jouer à reproduire les traits stylisés, précieux, pointus, lacunaires de son autoportrait. fig. 5 Lionel Vinche, retranché parmi ses peintures, fait figure de personnage principal de ses histoires à dormir debout…Au pied de l’escalier de sa cave, Camille De Taeye, songeur, sans œuvre aucune, est capté dans une pénombre propice à la conservation… du vin et à la maturation d’images fortes, crâne, arum, arbre. Son bréviaire. fig. 2

Quant à Jacques Moeschal, il est pris de profil, légèrement penché sur la main qui tient la cigarette fétiche. Un profil sculpté dans l’acier comme l’œuvre « d’ingénieur » concise et sobre qui lui fait face. Jephan de Villiers, de son côté, au centre d’une offrande à la forêt d’Arbonie, a quelque chose d’un moine tibétain.

Un dialogue plein d’humour associe André Lambotte vêtu d’une veste à chevrons à un grand dessin chamarré et pointillé, un thème sériel dont il s’est fait une spécialité.… fig. 3

Avec André Willequet, c’est tout l’atelier qui est construction, œuvre à part entière. D’une conception souveraine, son Thabor évoque un mont sacré de Galilée, lieu de transfiguration et par extension, l’objet liturgique qui sert de lutrin. fig. 4

Englouti dans son espace de vie Jacques Calonne réalise une symbiose parfaite. Il « est » ce décor dont s’échappent, volatiles comme des notes, ses essaims picturaux. Le carré minimaliste de Jo Delahaut, forme parfaite se prêtant aux jeux spatialistes de la couleur, rythme une photographie harmonieuse, lumineuse comme l’homme qu’il fut… fig. 6

Antoine Mortier, enfin, se montre la tête très près de son grand tableau, une image sans fioritures qui associe aussi étroitement que possible l’homme à sa peinture.

Dédiées au temps de l’âme, ces images ont été captées par l’appareil de Jean-Dominique Burton il y a 35 ans, au terme de longues heures passées avec les intéressés. Elles composent un recueil nommé Epreuves d’artistes, commenté par France Borel, de 101 portraits qui n’ont jamais été exposés. Photographe notoire né en 1952, toujours débordant d’activité aujourd’hui, Burton avait été mandé par la Communauté française pour créer un inventaire d’œuvres plastiques qu’il avait fort judicieusement étendu à leurs auteurs. Sur la centaine d’images qui composent ce beau et saisissant recueil, Françoise Mortier a sélectionné onze portraits pour en faire les complices d’un douzième, celui de son père. Ensemble ces douze peintres et sculpteurs esquissent le visage complexe et disparate de l’art belge moderne et post moderne.

Ce recueil est donc le point de départ d’une sorte de jeu qui attend du visiteur qu’il aille des portraits d’artiste aux œuvres elles-mêmes, celles qui sont dans la photo mais aussi celles qui se trouvent dans l’espace réel de l’exposition et font écho au portrait. Car le lien établi par la photo entre l’artiste et son tableau ou sa sculpture, pour transparent qu’il soit parfois et toujours empreint d’humour, n’en pose pas moins une énigme que la magie photographique (lumière, construction, jeux formels…) souligne. S’emparant de l’habitus de chaque personnage, de son cadre de vie, de sa symbiose avec l’œuvre, le photographe s’entend à ne soulever qu’un coin du voile pour laisser vibrer l’insaisissable. Autrement dit, tous ces visages, attitudes, œuvres d’art sont tour à tour énigme et révélation, masque et dévoilement, bref, humaine vérité. fig. 7fig. 8