Antoine Mortier avait six ans lorsque la guerre éclate. Malgré sa prime jeunesse, il est marqué, comme nul ne pouvait s’en douter, par les échos de la Grande Guerre qui lui parviennent.
Il rend hommage à ses valeureux combattants lorsque la STIB lui propose, soixante-neuf ans plus tard, d’intégrer un ouvrage artistique dans la station « Yser » du métropolitain bruxellois
Après un refus qui ne s’avéra pas catégorique lors de la visite des lieux, il s’imprègne de l’archaïsme d’une paroi murale de béton de plus de 9m de long, abandonnée à l’état brut et accepte finalement le défi, à condition qu’elle fut laissée en cet état.
Angoissé par l’exercice sculptural qui s’impose à lui, il peint en 1984 ce qu’il pense être son dernier tableau de chevalet, une huile sur toile intitulée Ultimo (146 x 242,5 cm) fig. 1 qui fait partie des collections des Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. Son style dépouillé et sa matière sobre, presque transparente, annoncent les œuvres picturales qui viennent à sa suite. L’énergie créatrice a atteint sa sérénité et augure de la force des formes simples de l’ouvrage sculptural.
Antoine Mortier s’empare du volume brut pour le marquer d’un premier haut relief d’acier (3,20 x 9,50 m) qu’il intitule Piéta fig. 2fig. 3fig. 4. Il le fait précéder de multiples encres de chine au format horizontal prédominant, propriétés de la STIB et du SMAK de Gand. Dans l’esprit d’Ultimo, Piéta illustre un soldat mort qui repose dans les bras de sa mère tandis que deux sentinelles veillent. L’acier tel une lame de baïonnette découpe les formes triangulaires frontales. L’effet monumental et respectueux reconnu par les commanditaires, l’incite à répondre favorablement à leur offre de poursuivre le défi par la création d’une seconde intégration pour le verso.
Son concept est alors traduit par un signe rigoureux : « La barrière de l’Yser » fig. 5fig. 6fig. 7 à laquelle est suspendue la couronne du vainqueur. En quelques traits de poutrelle d’acier, Mortier rend hommage à ceux qui moururent pour cette Belgique qu’il affectionnait tant.