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Flash back historique: Antoine Mortier à l’Albright-Knox Gallery de Buffalo et au Guggenheim de New-York

Françoise Mortier |  Octobre 2016

Pendant que la Guerre 1940-1945 avait dévasté l’Europe, elle avait également ouvert les chemins de sa culture encore méconnue Outre-Atlantique. Un soldat américain, Charles G. Whiting originaire de Boston, passant en 1946 par la Galerie Apollo animée par Robert Delevoy, découvre l’exposition personnelle d’Antoine Mortier et achète un tableau avant de s’en retourner au pays. Dès la fin de la guerre, plusieurs manifestations culturelles sont organisées aux Etats-Unis  et particulièrement à New York et Chicago pour promouvoir l’existence et le savoir-faire des artistes européens.

Au début des années 1950, Antoine Mortier occupe un magnifique atelier dans l’hôtel particulier de la Baronne Lambert au 24 avenue Marnix, siège actuel de la Banque ING. La Baronne, née von Reininghaus (1899-1960) est une mécène et grande amatrice d’art. Elle reçoit chez elle les personnalités et autorités artistiques officielles de l’époque dont le grand collectionneur d’art et tailleur bruxellois, Gustave Van Geluwe, membre des différentes institutions et cénacles du secteur artistique.

Observons qu’à l’époque, il n’était pas coutume d’inviter les artistes à accompagner leurs œuvres pour les présenter aux vernissages. Chacun des pays envoyait les représentants officiels des administrations culturelles à l’origine des échanges et évènements.

A l’exposition « The 1952 Pittsburg International Exhibition of Contemporary Painting » du  16 octobre au 14 décembre 1952 organisée par le département des Beaux-arts du Carnegie Institute, une première œuvre d’Antoine Mortier est acquise par Edgar.C. Schenck directeur de l’Albright–Knox Art Gallery de Buffalo (NY). Il s’agit de l’huile sur toile intitulée Variation 1951 fig. 1 (116 x 73 cm) prêtée par l’artiste.

Pendant ce temps à  New York, les préparatifs de l’exposition du Solomon R. Guggenheim Museum de « Younger European Painters » vont bon train. Le Musée contacte les collectionneurs promoteurs de l’art belge pour leur emprunter les œuvres des artistes belges d’avant-garde sélectionnés pour participer à cette manifestation du 2 décembre 1953 au 21 février 1954.

Marc Mendelson, Antoine Mortier et Raoul Ubac représentent la Belgique aux côtés de Jean Bazaine, Hans Hartung, François Arnal, Georges Mathieu, Pierre Soulages pour la France et Karel Appel pour les Pays-Bas.

M. James Johnson Sweeney, directeur du Guggenheim Museum de New York prend contact avec le grand amateur d’art Gustave Van Geluwe pour lui emprunter un tableau d’Antoine Mortier de sa collection, l’huile sur toile intitulée Variation II Torse bleu fig. 2, 1948 (130 x 81cm).

A l’issue de la manifestation « Younger  European Painters », Gustave Van Geluwe confirme  son statut en tant que collectionneur mécène et promoteur des artistes belges et accepte de vendre la toile de Mortier qu’il avait prêtée — la seule dont il se défit de son vivant — confirmant l’entrée de l’œuvre dans un des musées américains les plus prestigieux.

Les musées belges suivirent l’exemple et acquirent, à partir de 195, les œuvres de Mortier. Nul n’est prophète en son pays…..

Guggenheim. Full Abstraction

Fin 2016, l’ING Art Center a présenté sa nouvelle exposition Place Royale à Bruxelles
Pour la première fois en Belgique, cette exposition permettait d’admirer plus de 60 chefs-d’œuvre d’art européens et américains des années 1940 à 1960, issus des collections de Peggy et Solomon Guggenheim. Ces deux collectionneurs américains de premier plan ont contribué d’une manière très particulière à la reconnaissance et au succès de l’art abstrait en Europe et aux États-Unis, entraînant dans leur sillage quantité d’autres collectionneurs.                             L’exposition Guggenheim. Full Abstraction offrait à ses visiteurs l’occasion unique de découvrir le travail des grands noms de l’art abstrait tels que Rothko, Calder, Duchamp, Francis, Dubuffet, alors que d’autres belges et européens sont toujours absents.